Elle lui refait le coup de son fils, pas le temps des présentations, Elle s’en excuse ensuite, trop envahie des paroles jugeantes, humiliantes, qu’ il profère : « mauvaise mère ! ». Elle l’entend comme un écho, une rengaine… C’est lui qui décide. Il utilise ses enfants pour faire plier la mère. Si son fils ne répond pas à son portable, il lui coupera son abonnement, il contrôle, il menace, de faire sauter aussi l’abonnement téléphonique de la maison qu’il n’habite plus! Quelle prétention, quel dédain pour la vie des autres, de ceux qu’il dit ou qu’il croit avoir aimé un jour. Est-ce du dépit ? Une façade ?

Quand, tout à l’heure, j’ai vu arriver cet homme, petit, nerveux, ayant pris soin de mettre une chemise dont visiblement il n’a pas l’habitude, j’ai pensé que ce pouvait être lui… Une espèce de feeling. Là où les portes encore closes du tribunal font poireauter tout le monde sur le trottoir, chacun se guette, s’épie, se jauge. Qui est-il celui-là ? Justiciable ? Auteur ? Victime ? Avocat ? Et celle-là avec ses dossiers sous le bras… Elle, elle est avocate. Son port de tête, sa tenue, tout dégage de l’assurance, de la verve, elle le porte en elle.

Voilà, il rentre, accompagné de son conseil dans le bureau du juge, JAF pour les initiés. Elle se tend encore, alors l’avocate revient vers Elle, sent qu’il faut y être… Maître B. papotait avec ses copines avocates, de leur week-end, de leurs vacances, bref des choses de la vie… Elle craque dès que l’avocate évoque la signature de la conciliation, les enfants, c’est trop pour Elle… On la rassure. Je lui prends le bras, lui dit qu’Elle doit se faire confiance, que c’est Elle qui sait ce qui est bon pour Elle, pour ses enfants, qu’Elle ne va pas tenir compte de ce qu’il veut lui ! Il est grand, il peut dire, il a un conseil, point. C’est Elle qui compte à cet instant précis, qu’Elle se concentre là-dessus. Ma main est sur son épaule maintenant, je sens qu’Elle se reprend, retrouve une relative sérénité, se redresse un peu.

C’est à son tour, Elle disparaît derrière la porte grise. Ce n’est pas très long, la porte s’ouvre de nouveau invitant « l’autre partie » à entrer. Il bombe le torse, ne me jette pas un regard, contrairement à tout à l’heure découvrant avec agacement que sa femme était accompagnée, qu’il n’allait pas pouvoir manœuvrer à sa guise. En un regard j’ai perçu toute la haine, et la colère qu’il avait en lui.

La porte s’ouvre pour la dernière fois, Elle est devant avec son conseil, je leur emboîte le pas m’intercalant devant son mari, comme un rempart symbolique… Dans le grand hall d’en bas, l’avocate choisit un petit coin pour reprendre la séquence dans le bureau du juge. Il le faut, Elle a zappé plusieurs réponses, n’a entendu que ce qu’il demandait, n'avait pas compris que le jugement serait rendu plus tard, dans un mois, que d’ici-là le juge se laisse le temps d’examiner le dossier, les demandes des uns et des autres… et de trancher.

La tension diminue, je dois y aller, je les laisse dans ce face à face rassurant, je la laisse, rassurée.

8 juin 2009 - Nonan